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Peugeot 106 Rallye : sur un air de Samba

Par Nicolas Fourny - 28/02/2025

« La Rallye, c’est indéniablement un gros jouet, un caprice de grand gamin égoïste et jouisseur »

Regardez bien cette auto : vous avez sous les yeux la toute dernière Peugeot sportive authentiquement destinée aux amoureux du pilotage, ennemie résolue de la frime, tout entière dédiée à l’efficacité et au plaisir de conduite. La recette était simplissime : un moteur pas trop gros mais suffisamment performant pour assurer l’agilité consubstantielle au concept, une caisse légère associée à des trains roulants soigneusement mis au point mais veufs de toute sophistication superflue, un équipement que les stipendiés de la litote qualifieront de minimaliste, un tarif sensiblement plus abordable que celui d’une GTI, et le tour était joué ! Au cours de sa brève carrière, la 106 Rallye a perpétué cette tradition chère aux ingénieurs sochaliens – même si, à la vérité, c’est bel et bien chez Talbot que la première incarnation du genre a vu le jour, au tout début de l’hiver 1982…

 

Rendons à Poissy ce qui appartient à Simca

On ne dira jamais assez combien le sort tragique de Talbot (anciennement Chrysler-Simca, anciennement Simca) aura été à la fois injuste et funeste pour le groupe PSA en particulier et l’industrie automobile française en général. Disparue en 1986 (sauf pour le Royaume-Uni, où des utilitaires seront diffusés sous cette marque jusqu’en 1995), la firme de Poissy n’avait toutefois pas démérité, comme en témoigne l’ultime modèle lancé afin de sauver l’entreprise, j’ai nommé la Samba ! Construite cinq années durant à un peu moins de 290 000 exemplaires, la plus petite des Talbot, oubliée de beaucoup aujourd’hui, aura pourtant légué un précieux héritage aux deux autres marques du groupe, notamment en matière de petites sportives. Élaborée sur l’inépuisable base de la Peugeot 104, la Samba fait son apparition en novembre 1981 ; il s’agit d’une citadine disponible en coach 3 portes et en cabriolet – les études menées pour le développement de ce dernier, confiées à Pininfarina, s’avéreront d’ailleurs très utiles lors de la conception de la future 205 décapotable… S’apparentant à un coupé 104 à empattement long, la Samba va reprendre l’héritage de feues les Simca 1000 Rallye, Rallye 2 et Rallye 3 qui auront fait la joie de plus d’un pilote amateur au cours des années 1970 pour couronner sa gamme d’une variante authentiquement sportive, de surcroît homologuée en groupe B !

La réincarnation existe, je l’ai rencontrée

Animée comme il se devait par le sempiternel moteur « X », la Samba Rallye avait cependant bénéficié d’un développement spécifique, aboutissant à une puissance de 90 ch pour une cylindrée de 1219 cm3, ce qui, il y a quarante ans, correspondait à un rendement tout à fait respectable. Dépouillée jusqu’à la caricature de façon à proposer un tarif aussi abordable que possible, la Talbot – qui n’avait pour ainsi dire à offrir qu’un moteur, une boîte, un volant et un châssis – était de la sorte vendue au même prix qu’une 104 ZS affichant dix chevaux de moins, un équipement plus recherché et, conséquemment, un typage plus bourgeois que sportif. Le modèle disparaîtra néanmoins dès 1985, laissant orphelins une petite tribu d’intégristes aux yeux desquels la plupart des conducteurs de la triomphante 205 GTI n’étaient que des m’as-tu-vu principalement soucieux de rouler au volant d’une bagnole à la mode. Contre toute attente, le marketing Peugeot va finir par entendre leur mélopée et, en 1988, le « sacré numéro » enrichit son catalogue d’une version inédite, baptisée… Rallye ! Toute de blanc vêtue, la nouvelle venue reprend sans vergogne la philosophie de la Samba – et aussi, au passage, celle de la Citroën AX Sport commercialisée depuis l’année précédente… Si son moteur appartient désormais à la récente famille des « TU », les caractéristiques générales n’ont guère varié : d’une cylindrée moindre (1294 cm3) mais gavé par deux carburateurs Weber double corps après un passage dans les ateliers de Danielson, le TU24 dispose de 103 ch, soit seulement 12 ch de moins que la 205 GTI 1.6, par ailleurs vendue 20 % plus cher mais qui a légué l’intégralité de ses liaisons au sol à sa petite sœur. Comparaison spécieuse, objecterez-vous, et vous aurez raison : au vrai, les deux voitures ne s’adressent pas à la même clientèle. Caractérielle – essayez donc de la redémarrer moteur chaud, qu’on rigole –, bruyante, exigeante et aussi mal équipée qu’une Junior, la Rallye réjouit le connaisseur avec son absence d’esbroufe, ses gros carbus et son train arrière qui se dérobe à la demande. Condamnée par la généralisation du catalyseur, elle s’éteint cependant en 1993…

Le dernier épisode était le meilleur

Comment réussir la succession de la 205, alors plus grosse réussite commerciale de toute l’histoire de la firme ? Après moult réflexions, les dirigeants de Peugeot optent pour une stratégie originale, mais risquée : le bas de gamme 205 va donc être remplacé par la nouvelle 106, présentée à l’automne de 1991, tandis que la clientèle des versions haut de gamme sera orientée vers la future 306. Développée sur la base de l’AX, la 106, chacun le comprend d’emblée, ne pourra rééditer le phénoménal succès de son aînée, la concurrence s’étant nettement renforcée en neuf ans. Cela n’empêche pas Sochaux de proposer un très large éventail de motorisations avec, au faîte de la gamme, une XSi qui met immédiatement un terme à la carrière de la 205 GTi 115 ch. Pétillante, rapide et dotée d’un châssis de référence, la 106 sommitale reprend les codes de la GTi en les actualisant ; c’est, plus que jamais, la coqueluche des beaux quartiers. Même si les conducteurs sportifs y trouvent aussi leur compte, l’auto étant réellement passionnante à emmener dès que la route se met à tourner, la défunte 205 Rallye demeure alors sans descendance ; il faudra attendre deux ans pour qu’en novembre 1993, Peugeot lance la 106 éponyme, qui reprend une fois encore la philosophie originelle de la Samba : équipement succinct – la planche de bord est celle de la XN, avec seulement deux aérateurs, les jantes sont en tôle et l’essuie-glace arrière n’est disponible qu’en option –, décoration suggestive (la « flamme » Peugeot Sport est bien présente, comme sur la 205) et, surtout, un moteur entreprenant ; il s’agit d’une évolution du TU24 mais, parmi d’autres modifications, les carburateurs ont cédé la place à une injection Magneti Marelli, bien plus accommodante en circulation urbaine. Agile, légère (810 kilos à vide) quoique alourdie par rapport à l’AX, suffisamment puissante pour s’amuser, la 106 Rallye fait l’unanimité chez les essayeurs de la presse spécialisée : « Géniale Rallye », conclut ainsi le Moniteur Automobile !

Seule au monde

Tout comme ses devancières, la 106 ainsi gréée ne se connaît pas de concurrente réelle. Ni Renault, ni Citroën, ni aucun autre constructeur européen ne proposent un modèle équivalent à la Rallye, que l’on verra une fois encore beaucoup en course. Au printemps 1996, toute la gamme 106 subira un restylage significatif à l’occasion duquel la Rallye abandonnera le TU2 au profit du TU5 de l’ancienne XSi, pas plus puissant (105 ch désormais) mais bien plus coupleux ; et c’est dans cet équipage que l’auto achèvera sa carrière, en 1998. Sur les quelque 2,8 millions de 106 construites en douze ans de production, la Rallye ne représente qu’environ 15 000 unités, dont beaucoup ont mal fini, coursifiées à outrance et/ou ayant subi les sorties de route provoquées par l’inconséquence de pilotes trop sûrs d’eux (l’auto, il est vrai, ne pardonne guère les erreurs à grande vitesse).  Vous l’aurez compris, l’engin ne s’adresse pas au premier venu : il faut supporter le bruit, l’équipement indigent et la ventilation insuffisante été comme hiver, sans parler d’une position de conduite abracadabrantesque – à l’évidence, ce n’est pas la voiture idéale pour les longues randonnées autoroutières. Entre autres brillants aphorismes, nous devons à Françoise Giroud (qui aimait beaucoup conduire) d’avoir écrit : « Ce qui distingue les adultes des enfants, c’est la taille de leurs jouets. » Eh bien, la Rallye, c’est indéniablement un gros jouet, un caprice de grand gamin égoïste et jouisseur, l’auto à laquelle vous épargnerez l’ennui lancinant des embouteillages et des trajets utilitaristes pour mieux l’extraire de son garage une fois le week-end venu afin de partir dans l’une de ces balades sans but précis que seuls savent apprécier les automobilistes dignes de ce nom. Et par-dessus le marché vous n’y risquerez même pas votre permis, car en Rallye il est inutile de rouler particulièrement vite pour se faire plaisir ! Si ce n’est pas le bonheur, qu’il nous soit permis d’écrire que ça y ressemble quand même beaucoup…

1294 cm3Cylindrée
103 chPuissance
190 km/hVmax



Texte : Nicolas Fourny

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